Aprés les révoltes et les manifestations, où en est-on?

 

Le sentiment de frustration grandit parmi ces amateurs de musique techno qui aspirent à vivre leurs fêtes en plein air et hors de tout système commercial. Certes, la gestion de ce type de rassemblement peut se révéler problématique

 

Le sentiment de frustration grandit parmi ces amateurs de musique techno qui aspirent à vivre leurs fêtes en plein air et hors de tout système commercial. Certes, la gestion de ce type de rassemblement peut se révéler problématique pour l'administration, en particulier pour les maires des communes sur lesquelles ces sound-systems s'installent. La philosophie libertaire, le refus de hiérarchie organisationnelle, inhérents au mouvement, peuvent compliquer la maîtrise des flux de participants, des nuisances sonores, de l'aménagement d'un site, de sa sécurisation en termes de circulation et de santé publique, de la préservation de l'environnement.



A l'initiative du ministre de l'intérieur, Nicolas Sarkozy, le décret du 3 mai 2002 avait tenté de réglementer et d'encadrer ce type de manifestation, de responsabiliser ses organisateurs. Mais en obligeant les "teufeurs" à demander une autorisation à la préfecture pour tout rassemblement de plus de 250 personnes, et en imposant des démarches administratives complexes et des coûts élevés de production, ce décret a eu des effets pervers.


Les plus petites raves étant par nature les moins organisées, elles ont souvent disparu (ou se sont mis hors la loi) au profit de quelques événements dont la rareté (5 ou 6 par an) est devenue proportionnelle à leur gigantisme. Quand ils parviennent à s'organiser, ces derniers bénéficient du soutien logistique des préfectures, mais leur nombre est loin de satisfaire ceux désireux de faire exister cette culture et les masses de spectateurs (jusqu'à 30 000 personnes) ne font rien pour arranger l'image des teknivals.



Une des initiatives heureuses de cette tentative d'encadrement aura été la nomination, par le ministère de l'intérieur, de médiateurs (souvent issus d'associations locales) censés faire l'interface entre le mouvement des teufeurs et les décideurs. La mise en place d'espaces de dialogue entre fans de techno, préfecture, direction régionale des affaires culturelles et collectivités locales a parfois permis de mieux se comprendre, mais, concrètement, la tâche est toujours aussi ardue quand il s'agit de trouver un terrain d'accueil et d'obtenir une autorisation définitive.


Nombre de médiateurs, relayés par le ministère de la culture, insistent aujourd'hui sur le besoin de faire passer de 250 à 500 le nombre de personnes à partir duquel un rassemblement nécessite une autorisation. Le but serait de favoriser les raves de petites tailles afin que les frustrations ne provoquent pas de rushes disproportionnés lors des rares soirées autorisées. Autre revendication souvent exprimée : un recensement national des terrains publics et de ceux proposés par des propriétaires privés, susceptibles d'accueillir ces manifestations.


Mais dans une société obsédée par le risque zéro et la procédure, il faudrait aussi faire l'effort d'assouplir le seuil de tolérance vis-à-vis de manières de vivre hors des normes et des cadres imposés. Considéré par beaucoup de jeunes comme un moment de convivialité, d'expérience communautaire, d'excès initiatique ou d'engagement anticonsumériste, l'univers des free-parties génère ses impasses et ses dérives. Mais n'est-ce pas à l'honneur d'un pays de permettre à ses marges d'exister ?



source: Le monde




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