La rave party de la discorde

Plusieurs sound-systems ont occupé ce week-end un terrain en friche du Gâtinais, situé sur la commune de Gironville. Accusés d’avoir dégradé une zone naturelle sensible, les collectifs ayant participé à cette free party se défendent de toute volonté de nuire, dénonçant la « répression » dont leur mouvement fait l’objet.

Plusieurs initiateurs de la rave party se disent prêts à négocier avec l'Etat en échange d'un "geste fort". (JM/EI)

Plusieurs initiateurs de la rave party se disent prêts à négocier avec l’Etat en échange d’un « geste fort ». (JM/EI)

 

Samedi soir, peu avant 23 heures, Jean-Yves Dequéan est prévenu par un voisin agriculteur : un terrain dont il est propriétaire commence a être investi par une colonne de camions et voitures. Plusieurs dizaines de véhicules se rassemblent dans les lieux, et malgré son opposition, prennent possession pour le week-end du terrain pour y installer plusieurs murs de son. Une rave party qui a attiré entre 1000 et 2000 participants s’est finalement tenue jusqu’au dimanche à la mi-journée.

Une occupation qui révolte le propriétaire du terrain, engagé dans un classement du site en zone Natura 2000. « Il s’agit d’herbes sèches, favorables à une faune et une flore particulières » résume Jean-Yves Dequéan. Selon Alain Eeckeman, le maire de Gironville, les raveurs « se sont établis sur une pelouse calcaire qui aide les espèces rares, comme les orchidées, à se développer » . « On a pris des années pour cultiver ce terrain » se désole l’édile, tandis que le propriétaire soupire : « ils n’ont rien voulu entendre, maintenant le mal est fait » .

 

L’apaisement recherché

 

Ce mardi matin, un ingénieur agronome et l’association Nature Essonne, en charge de la conservation des sites de pelouse calcaire du Gâtinais, viennent constater l’étendue des dégâts, qui concerneraient quelques 5 hectares sur les 30 du terrain. Le dépôt d’une plainte est envisagé. Du côté des organisateurs, on joue plutôt l’apaisement. Essonne Info a rencontré plusieurs membres de sounds-systems de l’Essonne qui ont participé à cette rave party, montée illégalement sur ce terrain de Gironville.

« On ne savait pas que c’était une zone protégée, aucune information n’était écrite à l’entrée du site » raconte l’un des représentants, assurant que plusieurs dizaines de participants ont le dimanche « ratissé, nettoyé et ramassé les détritus pour laisser l’endroit le plus propre possible » . « Il n’y avait vraiment aucune volonté de nuire » ajoute un membre du collectif Technoplus, qui accompagne les teufeurs en terme sanitaire, et joue aussi le rôle d’intermédiaire avec les autorités, « certains sont même volontaires pour venir cet hiver aider à travailler le terrain en friche » assure-t-il.

Au delà de la rave party organisée ce week-end, les initiateurs pointent un climat délétère entourant leur pratique, notamment ces derniers mois. Malgré plusieurs rencontres avec l’Etat, dont récemment au ministère de la culture, aucun terrain d’entente n’a été trouvé pour l’organisation sereine de ces rassemblements festifs, en région parisienne comme dans l’ouest de la France. Pire, selon ces passionnés, « on subit une répression jamais connue jusqu’à présent, notre matériel et nos camions sont saisis abusivement » . Le rassemblement de samedi s’est ainsi monté après une ultime rencontre infructueuse, qui aura valu un défilé-escargot des membres de ce mouvement à la mode des taxis et motards, sur le périphérique parisien.

 

« Dès qu’ils entendent le mot free party, ils refusent »

 

Pour ces adeptes de la culture des rave party, il est aujourd’hui presque impossible d’organiser une fête en bon-et du-forme. « Dès qu’ils entendent le mot free party, ils refusent, on se fait bloquer par la préfecture, même quand nous avons l’accord des propriétaires de terrain » affirment ces jeunes gens, qui souhaitent trouver des solutions en négociant avec les pouvoirs publics. Sur le choix du site, certains assurent que le terrain de Gironville avait déjà accueilli plusieurs événements de ce type ces dernières années. « Je suis arrivé il y a trois ans, avant c’était géré d’une autre manière » confirme le propriétaire des lieux.

Selon les services de gendarmerie, une trentaine de gendarmes a fait le déplacement sur le site de Gironville ce week-end, « des brigadiers, mais aussi des motards » indique-t-on, avec la présence d’un hélicoptère qui a intimé l’ordre aux participants de quitter les lieux dimanche après-midi. Les forces de l’ordre ne feront pas de présence sur place dans les prochains jours.

 

Paru le 08/04/14

Source : http://essonneinfo.fr/91-essonne-info/58087/gironville-rave-party-discorde/




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